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La vie est belle

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… Le sculpteur a su tirer de sa mésaventure une sorte de journal de bord qui a pris la forme d’un cycle nourri et très inspiré de peintures et collages. Elles intègrent coupures de presse, documents qui relatent les épisodes de son naufrage à bord du quartier Léopold…

William Bourton et Danielle Gillemon
Journal LE SOIR

Introduction de Francis Tondeur au livre Le caprice des dieux de Daniel Couvreur

Tout de blanc intérieur, enveloppé depuis tant d’années dans cette douce lumière du Nord, jamais tu n’as connu un rayon de soleil. C’est dans cette pureté, à l’abri des éblouissements que nous vieillirons. Depuis tant d’années, nous sommes devenus de amis inséparables. Quand je te délaisse, jamais un reproche. Je sais que tu gardes nos secrets, que tu ne trahiras pas nos travaux.
La nuit, c’est moi qui t’éclaire, jamais tu ne m’as dit que tu avais sommeil; c’est dans ton ombre, tes clairs-obscurs, tes demi-teintes que tu me laisses travailler. C’est là, dans ton intérieur, très profond, que mes pensées s’éveillent, grandissent, tentent de naître.
Je ne t’ai amené que peu d’amis, c’est parce que là-dehors, vois-tu, j’en ai peu et d’ailleurs notre dépouillement n’en supporterait
pas plus.

Tu m’entends, m’entends-tu ? Ce n’est pas moi qui suis bruyant, c’est là-dehors, ce sont les hommes qui nous empêchent de rêver ; je sais, avant, il y a très longtemps, avec les autres, ce n’était pas pareil. J’ai écrit sur tes mûrs, c’est pour que tu puisses mieux me sentir ; j’ai peur que tu ne me comprennes plus, ainsi tu garderas ces traces à jamais. Mes absences de plus en plus longues, c’est eux, c’est à cause d’eux. J’irai leur dire que tu n’es pas un objet mais mon unique amie. C’est eux, la société des hommes, qui veulent notre séparation. Un jour nous te raconterons qui sont ces hommes…

Francis Tondeur